Le castor

Pièce de monnaie de cinq cents avec l’effigie du castor

Lorsque les premiers explorateurs européens se rendirent compte que le Canada n'était pas l'Orient regorgeant d'épices qu'ils recherchaient, les millions de castors qui s'y trouvaient devinrent le principal attrait commercial du pays. A la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe, la mode du jour était aux chapeaux confectionnés à partir de peaux de castor. C'est ainsi que la demande pour les fourrures de castor s'accrut à mesure que ces chapeaux devenaient de plus en plus populaires.

Le roi de France, Henri IV, vit dans la traite des fourrures l'occasion d'aller chercher les revenus dont il avait tant besoin et d'établir une colonie française en Amérique du Nord. Bientôt, les commerçants en fourrures anglais et français vendirent en Europe leurs peaux de castor vingt fois plus cher qu'ils ne les avaient payées.

La traite des fourrures était tellement un commerce lucratif, que la Compagnie de la Baie d'Hudson décida d'honorer le petit animal aux incisives proéminentes en l'incorporant dans ses armoiries en 1678. Sir William Alexander, à qui la Nouvelle-Écosse fut concédée en 1621, fut le premier à inclure le castor dans des armoiries.

Les armoiries de la Compagnie de la Baie d'Hudson comprennent quatre castors séparés par une croix de Saint-Georges rouge et constituent une reconnaissance du rôle important qu'a joué ce rongeur laborieux dans l'essor de la compagnie. On a également créé une pièce de monnaie d'une valeur égale à une peau de castor mâle connue, en anglais, sous le nom de « buck » (dollar en langage familier).

En 1678, Louis de Buade, comte de Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France, proposa pour la ville de Québec des armoiries contenant un castor, celui-ci étant à son avis un emblème approprié pour la colonie. En 1690, pour commémorer la résistance victorieuse des Français à Québec, la médaille « Kebeca Liberata » fut frappée: une femme assise, symbolisant la France, avec un castor à ses pieds, représentant le Canada, figurait au revers de la médaille.

Le castor fut également inclus dans les armes de la ville de Montréal en 1833, lorsque celle-ci fut érigée en municipalité. En 1851, sir Sandford Fleming a assuré la postérité au castor à titre de symbole national lorsqu'il a choisi de le représenter sur le premier timbre-poste canadien, le « Castor de trois pence. »

Le castor a aussi figuré aux côtés de la feuille d'érable dans le frontispice du journal Le Canadien, publié dans le Bas-Canada.

Pendant un certain temps, le castor fut l'un des emblèmes de la Société Saint-Jean-Baptiste. On le retrouve encore de nos jours dans le blason de la société de chemins de fer Canadien Pacifique.

Malgré tout cela, le castor était en voie d'extinction. Avant le début du commerce des fourrures, on estimait qu'il y avait six millions de spécimens au pays. Au plus fort du commerce, 100 000 peaux étaient expédiées en Europe chaque année. Au milieu du XIXe siècle, le castor canadien était en grave danger de disparaître. Fort heureusement cependant, le goût des Européens pour les frivolités se tourna vers les hauts-de-forme et la demande pour les peaux de castor s'effrita complètement.

Le castor a été élevé au rang d'emblème officiel du Canada le 24 mars 1975, lorsqu'une « loi portant reconnaissance du castor (castor canadensis) comme symbole de la souveraineté du Canada » reçut la sanction royale.

Aujourd'hui, grâce aux techniques de préservation de la faune et aux hauts-de-forme, le castor, le plus gros rongeur du Canada, survit et prospère dans tout le pays.