Compte-rendu des consultations en ligne du gouvernement du Canada sur la dualité linguistique et les langues officielles

Dans un contexte de mondialisation et de diversité croissante au pays, et étant donné que le Plan d’action sur les langues officielles arrive bientôt à échéance, le gouvernement du Canada a organisé des consultations dans le but de recueillir les points de vue des Canadiens sur des enjeux liés à la dualité linguistique et à l’essor des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Ces consultations constituent l’une des sources d’information qui viendront alimenter l’élaboration d’une stratégie concrétisant la prochaine phase du Plan d’action. Les résultats complémenteront le travail déjà accompli par les comités parlementaires permanents sur les langues officielles, le Commissaire aux langues officielles, les communautés de langue officielle en situation minoritaire (notamment dans le cadre du Sommet des communautés francophones et acadiennes de 2007) et les forums de concertation intergouvernementaux (telle la Conférence des ministres de la francophonie canadienne). Le gouvernement du Canada s’appuiera également sur le dialogue continu entre les ministères fédéraux, provinciaux et territoriaux et les communautés de langue officielle.

Les consultations du gouvernement du Canada sur la dualité linguistique et les langues officielles ont abordé divers thèmes, à savoir les changements démographiques, l’économie, les nouvelles technologies et la modernisation gouvernementale. Ce compte-rendu offre un aperçu des principaux éléments de réponses aux questions de discussions énoncées au cours des consultations en ligne. L’éducation, l’immigration et l’appui gouvernemental aux communautés de langue officielle (notamment dans les domaines de la culture, des arts et des médias) figurent parmi les sujets abordés.

Les changements démographiques

Si les tendances observées se maintiennent, le Canada de demain sera très différent de celui d’hier et d’aujourd’hui. Le vieillissement de la population se poursuivra, la population autochtone continuera de croître plus vite que la population générale, et les minorités visibles deviendront majoritaires dans les grandes villes. La tendance chez les jeunes et les nouveaux arrivants à s’installer surtout dans les grands centres urbains contribuera à la stagnation ou à l’affaiblissement des économies régionales. À ces phénomènes s’ajoutera une plus grande diversité linguistique et religieuse, conjuguée au vieillissement de la population, à l’urbanisation et au dépeuplement rural. Ces nouvelles réalités créeront des contextes identitaires nouveaux.

Les communautés linguistiques en situation minoritaire doivent relever les mêmes défis que ceux qui touchent la société canadienne dans son ensemble : une population vieillissante, ainsi que l’impact de l’exode rural, de l’urbanisation et de l'intégration de nouveaux arrivants. Chez les jeunes francophones, les défis sont également nombreux, notamment en ce qui concerne les modes de consommation culturelle, les cibles de fréquentation scolaire et le taux de rétention des systèmes scolaires publics. 

Comment la stratégie du gouvernement sur les langues officielles pourrait-elle tirer profit des occasions et relever les défis présents par les changements démographiques? 

Parmi les enjeux liés aux nombreux facteurs de changements démographiques, quel est le phénomène sur lequel l’intervention gouvernementale peut avoir le plus d’impact? 

Selon les participants aux consultations en ligne, les changements démographiques transforment les définitions traditionnelles ainsi que l’espace minoritaire tant francophone qu’anglophone. Dans ce contexte d’extrême mouvance, il importe que les communautés minoritaires continuent à favoriser la solidarité et l’ouverture et qu’elles se tournent vers l’avenir.

Pour les participants, l’éducation est un facteur clé pour faire face aux défis des changements démographiques. À ce titre, l’éducation devrait figurer dans la nouvelle stratégie gouvernementale sur les langues officielles. La conviction que tous les Canadiens devraient avoir l’occasion d’apprendre les deux langues officielles est clairement ressortie au cours des consultations en ligne. L’apprentissage des deux langues officielles permet aux Canadiens d'être plus aptes à l’emploi et mieux en mesure de contribuer à la société canadienne. Plusieurs participants considèrent les programmes d’immersion (français et anglais) comme étant la méthode la plus efficace pour atteindre un plus haut degré de bilinguisme au Canada. Cependant, ils se sont plaint de l’accès difficile à ces programmes d’immersion et à des professeurs francophones qualifiés, tant en milieux urbains que ruraux. Pour relever ce défi, certains ont suggéré que le gouvernement inclue dans une nouvelle stratégie des initiatives pour recruter plus de professeurs francophones. Selon les participants, l’intervention gouvernementale peut avoir un impact important en finançant davantage l’enseignement des deux langues officielles, et ce, tant pour aider les nouveaux arrivants à apprendre leur première langue officielle que pour encourager tous les Canadiens à apprendre leur deuxième langue officielle. Plusieurs se sont même dits ouverts à l’apprentissage d’une troisième langue.

En plus des demandes d’investissements additionnels pour la consolidation et le renforcement des réseaux et institutions communautaires, les participants ont souligné la nécessité de soutenir la diffusion d’une programmation communautaire et culturelle en incluant les arts et la culture dans une stratégie gouvernementale. Selon eux, un tel appui gouvernemental aiderait à consolider les infrastructures artistiques et permettrait aux artistes et aux organismes artistiques de participer avec plus de vigueur au développement de leur communauté, en collaboration avec les organismes et les institutions d’autres secteurs. Par exemple, le gouvernement pourrait appuyer davantage la presse écrite, se faisant ainsi partenaire de la diffusion des nouvelles réalités et participant à la compréhension mutuelle des communautés.

Les participants aux consultations en ligne ont aussi soulevé le fait que les communautés voulaient tirer parti de l’immigration pour relever les défis que posent les changements démographiques. Ils demandent au gouvernement de promouvoir et de préserver les langues officielles du pays, tout en donnant aux nouveaux arrivants l’occasion d’apprendre le français et/ou l'anglais. Selon les participants, les immigrants pourraient ainsi contribuer pleinement à la société canadienne. Les membres des communautés de langue officielle en situation minoritaire, plus précisément ceux des communautés francophones, ont aussi indiqué l’importance d’attirer de nouveaux arrivants en provenance de pays francophones au sein de leurs communautés. Cela pourrait aider à leur intégration au Canada et à la vitalité locale, particulièrement si ces Néo-Canadiens s’établissent à l’extérieur des grands centres urbains tels que Vancouver, Toronto et Montréal. Une autre suggestion a été que le gouvernement s’assure de la mobilité interprovinciale des francophones par les services d’intégration, tels que des services d’éducation et d’accès à la justice.

Cependant, certains estiment que les changements démographiques démontrent que le gouvernement devrait agir seulement là où les nombres le justifient, avec des dépenses ciblées dans les régions fortement francophones hors Québec et anglophones au Québec. Les autres fonds pourraient alors être redirigés afin d’améliorer les services offerts à tous les citoyens.

L’Économie et les nouvelles technologies

Depuis la fin du siècle dernier, nous assistons à une mutation de notre économie qui marque une nouvelle ère avec l’économie du savoir. En effet, nous remarquons plusieurs changements associés à cette nouvelle économie, notamment l’essor considérable du secteur tertiaire. Le Canada est entré de plain-pied dans cette nouvelle phase d’évolution de l’économie grâce à ses assises solides en recherche, une infrastructure technologique de pointe et une main-d’œuvre qualifiée.

Le Canada peut compter sur une des populations les plus scolarisées au monde, ce qui lui confère un avantage non négligeable en matière de création, de diffusion et d’utilisation du savoir. Il en résulte que l’innovation canadienne, en plus de dynamiser notre économie, est source de reconnaissance du savoir-faire canadien à l’échelle mondiale. L’apparition de nouvelles technologies et leur diffusion ont bouleversé les façons de faire traditionnelles de l’industrie. La population s’adapte elle aussi : les Canadiens deviennent des citoyens avertis qui savent tirer profit de la quantité considérable d’information que les technologies de l’information et des communications mettent à leur disposition.  

Dans ce contexte, comment la stratégie du gouvernement sur les langues officielles peut-elle contribuer à la croissance et à la compétitivité de l’économie canadienne? 

En quoi les nouvelles technologies peuvent-elles contribuer à l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire et à la dualité linguistique? 

Les participants ont indiqué que l’éducation est un facteur clé pour la croissance économique au Canada. Pour eux, il est nécessaire qu’une éducation linguistique de qualité comparable soit offerte partout au pays. Afin que la stratégie du gouvernement sur les langues officielles puisse contribuer à la croissance et la compétitivité de l'économie canadienne, les participants croient que le gouvernement devrait prioriser des programmes de qualité en matière d'apprentissage des langues secondes. Les participants ont noté un besoin immédiat de soutien pour l’accès et la qualité de l’enseignement des langues officielles pour tous les Canadiens, en incluant un besoin spécial pour les régions rurales et éloignées. De l’avis des participants, la formation, le recrutement et la rétention des enseignants de langue seconde demeurent un défi aux quatre coins du pays. Certains suggèrent que l’on établisse des normes nationales en ce qui concerne les compétences linguistiques, culturelles et méthodologiques des enseignants. Pour la plupart des participants, l'apprentissage de plusieurs langues améliore la croissance et la compétitivité de l'économie canadienne, les Canadiens ayant alors les outils nécessaires pour communiquer plus facilement avec des citoyens et des entreprises d’autres pays.

Les participants ont soulevé l’importance d’améliorer les compétences essentielles des citoyens et d’appuyer de petites et moyennes entreprises communautaires qui ont des retombées économiques importantes pour les communautés de langues officielles en situation minoritaire. Ces entreprises œuvrent le plus souvent dans le secteur des arts et de la culture ainsi que dans le domaine des médias.

Pour tirer parti de l’enthousiasme des jeunes, plusieurs participants suggèrent que des mesures soient prises pour leur offrir des occasions de contact avec l’autre langue officielle dans le contexte de programmes scolaires novateurs qui marient la technologie et les voyages-études dans des régions francophones pour les jeunes anglophones et vice versa. La promotion des avantages du bilinguisme, non seulement dans le contexte canadien mais aussi dans un contexte mondial, serait également pertinente selon les participants.

Quant aux nouvelles technologies, les participants font valoir que les nouvelles technologies, dont la télévision/radio satellite, et l’Internet permettent aux membres des communautés en situation minoritaire d'avoir un plus grand accès à de l’information dans leur langue. Ces technologies facilitent également les communications entre les communautés parfois géographiquement éloignées, favorisent les collaborations et renforcent le sentiment d’appartenance. Elles permettent en outre de briser l’isolement qui touche plusieurs communautés en situation linguistique minoritaire et facilitent la création de réseaux entre créateurs et avec le public canadien. De plus, les nouvelles technologies facilitent la production d’œuvres et réduisent les coûts de production, démocratisant ainsi les pratiques artistiques. L’attrait de ces nouveaux modes de production est indéniable auprès des jeunes et permet l’éclosion de leur créativité, partout sur le territoire canadien. Les participants proposent qu’une nouvelle stratégie appuie l’élaboration et l’utilisation de logiciels et de matériel informatique de pointe en français; la création de contenu canadien en français en ligne; ainsi que l’essor de l’industrie de la presse canadienne. Cet appui desservirait non seulement les communautés de langue officielle en situation minoritaire, mais offrirait aussi un appui supplémentaire aux étudiants inscrits aux programmes d’immersion.

La modernisation gouvernementale

Bien informée sur les affaires de l’État, la population canadienne exige beaucoup de ses gouvernements. Les Canadiens souhaitent bénéficier de services de qualité, c’est-à-dire des services largement accessibles, qui dépassent les barrières administratives, organisationnelles et linguistiques et qui sont adaptés à leurs besoins. Parallèlement, la population canadienne exige une reddition de comptes et une transparence toujours plus grande de la part de ses gouvernements.

Pour sa part, le gouvernement du Canada s’est engagé dans un processus continu de modernisation gouvernementale. Il a adopté des mesures précises, notamment la Loi fédérale sur la responsabilité, ainsi que des mesures stratégiques et non législatives connexes afin d’accroître la responsabilisation, la transparence et la surveillance des activités gouvernementales. Pour répondre à ce besoin, la fonction publique doit s’assurer de respecter les principes d’une bonne gouvernance et d’imputabilité. Mesurer, surveiller et signaler les résultats liés au rendement deviennent donc essentiels afin de faire la démonstration des progrès accomplis par les interventions gouvernementales.

Enfin, dans un avenir rapproché, la fonction publique sera aux prises avec un problème de renouvellement de ses effectifs. La modernisation de l’État devra prendre en compte cette réalité afin d’assurer le maintien des services offerts à la population. 

Comment la stratégie du gouvernement sur les langues officielles pourrait-elle appuyer le gouvernement dans ses efforts de modernisation? 

Quelles sont les opportunités que nous pouvons saisir dans le cadre de la modernisation de l’État afin d’améliorer les pratiques gouvernementales? 

Les participants aux consultations en ligne soulèvent le fait que la nouvelle stratégie des langues officielles devrait appuyer l’offre de services de qualité comparable pour tous et la disponibilité de services gouvernementaux dans toutes les régions du pays. Par exemple, un plus grand accès aux services gouvernementaux pourrait être offert aux communautés éloignées par l’entremise de services de guichet unique. Le gouvernement devrait continuer à appuyer l'enseignement de langue seconde dans le cadre d’activités de développement professionnel offertes au personnel de la fonction publique fédérale. Il devrait aussi offrir aux jeunes l'occasion d'apprendre l’autre langue pour assurer la relève.

Les participants ont également mentionné l’importance d’accroitre le financement versé aux organismes et institutions afin qu’ils puissent offrir des services dans tous les secteurs de la vie quotidienne. Il a aussi été proposé que le gouvernement prévoit systématiquement un volet « langues officielles » dans chacun de ses programmes d’appui (par exemple, le Programme d’aide aux publications et le Fonds du Canada pour les magazines).

Plusieurs participants estiment que les gouvernements fédéral et provinciaux devraient travailler en collaboration avec les communautés en situation minoritaire afin de promouvoir la dualité linguistique au Canada. Selon les commentaires reçus, les gouvernements devraient prendre tous les moyens nécessaires pour faire en sorte que les élèves apprennent leur langue seconde avec succès. De plus, les participants ont fait valoir qu'une concertation forte entre le gouvernement et les organismes résulterait en un partenariat efficace qui ne ferait qu’améliorer la qualité de vie des citoyens, notamment ceux en situation minoritaire linguistique.