Rapport sur les besoins en matière de recherche sur la provenance des biens culturels de l'époque de l'Holocauste dans les musées canadiens - sommaire

Organisation des directeurs des musées d'art du Canada, sous contrat avec le ministère du Patrimoine canadien

Février 2008

En 2001, l'Association des musées canadiens (AMC) et le Congrès juif du Canada ont organisé le Colloque canadien sur les biens culturels à l'époque de l'Holocauste, qui a eu lieu au Musée des beaux-arts du Canada avec l'appui du musée, du ministère du Patrimoine canadien, de l'Organisation des directeurs des musées d'art du Canada (ODMAC), de la fondation Gelmont, de Christie's Canada et de Sotheby's Canada.

Plus de cinq ans après cette rencontre historique, on a déterminé que les progrès dans ce domaine au Canada étaient lents en raison d'un manque de données de base concernant l'ampleur de cette question dans le contexte canadien. Pour aider les intervenants à élaborer des stratégies adéquates pour l'avenir, le ministère du Patrimoine canadien a retenu les services de l'ODMAC pour effectuer une enquête auprès de ses membres en vue d'obtenir des renseignements sur le nombre d'établissements pour lesquels la question est pertinente, le nombre d'œuvres d'art dont il faut examiner la provenance, le travail effectué à ce jour et la capacité des institutions d'entreprendre ce genre de recherche. L'ODMAC a mené cette étude en collaboration avec l'AMC et le Musée des beaux-arts du Canada.

Les opinions émises dans ce rapport sont strictement celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement celles du gouvernement du Canada.

Objectif

L'objectif de la présente évaluation de besoins consiste à déterminer l'étendue des recherches sur la provenance des biens culturels de l'époque de l'Holocauste, effectuées dans les musées canadiens à l'intention de la communauté patrimoniale canadienne, représentée par les membres de l'ODMAC, afin de documenter le développement des politiques au pays et sur la scène internationale. 

Le Colloque canadien sur les biens culturels à l'époque de l'Holocauste, tenu en 2001, a mis en évidence un sentiment d'urgence croissant au sein des musées canadiens à l'effet de mener des recherches sur la provenance des biens culturels de l'époque de l'Holocauste qui font partie de leurs collections. Les questions historiques, scientifiques, juridiques et morales complexes ont fait l'objet d'un examen minutieux, en tenant compte du fait que des œuvres d'art spoliées pourraient se retrouver dans les collections publiques canadiennes.

Cinq ans plus tard, plusieurs organismes, dont l'Organisation des directeurs des musées d'art du Canada, l'Association des musées canadiens, le Musée des beaux-arts du Canada, le Congrès juif du Canada et la Conference for Jewish Material Claims Against Germany, se sont réunis afin d'évaluer les progrès en matière de recherche sur la provenance des objets de l'époque de l'Holocauste au Canada. À l'occasion de cette rencontre, les parties ont appuyé le fait que l'information concernant la portée de cet enjeu au Canada n'était pas suffisante et que la situation nécessitait des efforts de la part de tous les intervenants afin d'élaborer des stratégies et d'évaluer les ressources nécessaires pour répondre au défi. L'objectif de cette étude consiste à évaluer la mesure dans laquelle cet enjeu est important pour les musées d'art du Canada, afin d'éclairer les décisions et stratégies futures de tous les intervenants.

L'enquête

L'enquête a été envoyée à tous les établissements représentés par les membres de l'ODMAC (84 établissements) le 23 juillet 2007. Bien que cette enquête n'ait suscité que douze réponses, plusieurs autres établissements ont toutefois précisé que cette enquête n'était pas pertinente à leur collection. Il est à noter qu'une poignée d'établissements supplémentaires pourraient posséder des œuvres nécessitant des recherches au sujet de leur provenance.

Nombre d'œuvres affectées

Le nombre total d'œuvres d'art affectées est relativement restreint, soit 822. En outre, seulement 378 d'entre elles sont des tableaux ou des sculptures. Le manque de documentation sur les dessins, les gravures et les arts graphiques nuit considérablement à la réalisation de recherches concluantes; il est donc permis de croire que ces œuvres pourraient être considérées comme des priorités moins importantes, vu le contexte de ressources limitées.

Bases de données en ligne

Presque tous les établissements ont enregistré entre 95 % et 100 % de leur collection dans une base de données électronique. Tous les établissements disposent d'un champ de provenance ou ont la possibilité d'en ajouter un. Dans environ la moitié des cas, l'accès en ligne à la base de données est limité. Dans d'autres établissements, cette base de données est réservée à des fins internes et n'est ouverte aux chercheurs que dans des circonstances spéciales. Un seul établissement a indiqué que sa collection était entièrement disponible sur Artefacts Canada.[1]

Ressources et expertise

La moitié des établissements possède une certaine expertise interne pour effectuer des recherches sur la provenance. Cependant, seulement deux établissements comptent des employés dûment formés et expérimentés en biens culturels de l'époque de l'Holocauste. Incidemment, ce sont aussi les deux seuls établissements qui croient disposer de l'expertise adéquate pour mener à bien leurs recherches. La moitié des établissements compte des employés qui consacrent une partie de leur temps à la recherche sur la provenance des biens culturels de l'époque de l'Holocauste, mais leurs efforts visent surtout à déterminer la provenance d'éventuelles acquisitions.

Les répondants ont regroupé les besoins en ressources sous quatre volets :

  1. Ressources financières

  2. Ressources juridiques
    • « Nous n'avons pas facilement accès à des ressources juridiques. »

  3. Déplacements (principalement à l'international, dans les bibliothèques, les registres et les centres d'archives)
    • « En tant que musée d'art situé dans une université, nous avons plus facilement accès à la plupart des sources disponibles en bibliothèque et aux archives, mais ces sources sont loin d'être satisfaisantes dans le cadre des travaux spécialisés qu'il faut effectuer… Ce qui importe encore plus est le fait que les documents requis se trouvent le plus souvent à l'extérieur du pays et que, par conséquent, ils ne sont accessibles qu'en finançant de coûteux déplacements et séjours nécessaires pour réaliser ces travaux. »

  4. Spécialistes dûment formé
    • « Il faut posséder une expertise de conservateur principal. Ce type de recherche est un des plus complexes et des plus pointus qui soit. Une partie des recherches peuvent être menées par des stagiaires, mais en fin de compte, le travail exige une expertise hautement spécialisée, notamment celle de consultants externes, d'avocats, etc. »

Formation

Les répondants ont proposé les méthodes suivantes afin de former adéquatement les chercheurs sur la provenance des biens culturels de l'époque de l'Holocauste :

  1. Stages et mentorat auprès de chercheurs expérimentés

  2. Formation linguistique (surtout l'allemand et le français)

  3. Ateliers
    • « La correspondance entre chercheurs a une valeur inestimable. Les compétences en recherche sur la provenance de biens culturels de l'époque de l'Holocauste peuvent venir avec l'expérience, à condition d'y consacrer suffisamment de temps et de pouvoir compter sur les conseils et les avis de collègues participant à des projets semblables. »

  4. Formation en histoire de l'art (au moins au niveau des études supérieures)
    • « La recherche sur la provenance est plus efficace avec une formation en histoire de l'art, une expérience en recherche archivistique et la connaissance des langues requises. »

  5. Formation en recherche archivistique (bibliothéconomie)

  6. Forum de discussion en ligne pour le partage d'expertise et l'échange d'information
    • « Le meilleur moyen consiste à travailler directement avec un spécialiste, mais on devrait aussi pouvoir fournir ces renseignements à distance et peut-être même en ligne. »

Budgets

Aucun des établissements ne dispose d'un budget réservé à la recherche sur la provenance, en raison des ressources limitées. Incidemment, aucun établissement ne peut estimer avec précision les dépenses liées à la recherche en 2006-07.

Réclamations

Seulement trois établissements ont reçu des réclamations au sujet d'œuvres se trouvant dans leur collection. Une seule œuvre a été restituée par l'un des douze établissements ayant répondu à l'enquête.

Conclusions et observations

À partir des données recueillies au cours l'enquête, l'ODMAC a tiré un certain nombre de conclusions et présente les observations suivantes sur les stratégies possibles que les intervenants pourront envisager de mettre en œuvre :

  1. Les ressources financières sont essentielles pour réaliser quelque progrès que ce soit en matière de recherche sur la provenance.
    • Des efforts doivent être déployés pour informer les directeurs et les conseils d'administration sur la question et les sensibiliser à l'urgence d'agir, pour encourager l'affectation des ressources nécessaires dans les activités de recherche et pour créer un climat de confiance face à la perspective de rendre public le résultat de ces recherches.
    • Un soutien financier est nécessaire pour appuyer les activités de recherche et pour documenter les objets de manière plus exhaustive;
    • Les stratégies de financement pour le petit nombre d'établissements qui ont des besoins dans ce domaine doivent être personnalisées afin de répondre aux besoins individuels de ces établissements.
    • Un éventail diversifié de financement doit être demandé à des sources gouvernementales et non gouvernementales.

  2. Un ensemble de lignes directrices et de protocoles reconnus à l'échelle nationale appuierait les travaux de recherche entrepris par les établissements  sur la provenance des biens culturels de l'époque de l'Holocauste.

  3. Une source centrale (électronique) de renseignements sur les ressources et les activités de recherche dans ce domaine appuierait les efforts fournis par la communauté.

  4. Les établissements canadiens pourraient partager leur expertise dans le domaine grâce à des ateliers et à d'autres outils de perfectionnement, comme une aide pratique ou un partage des pratiques exemplaires dans la préparation de plans de recherche.

  5. On pourrait donner suite à la conférence de 2001; un nouvel événement pourrait entraîner un plus grand réseautage et un accès accru à l'expertise des experts internationaux.

  6. Un élargissement des champs d'information dans Artefacts Canada permettrait aux établissements de diffuser des renseignements sur la provenance, de mettre ces renseignements à la disposition du public et d'aider à l'avancement de la recherche.

Nota

[1] Des 84 institutions représentées par les membres de l'ODMAC, 36 fournissent des données à Artefacts Canada.