Effets des tournages étrangers sur l'industrie canadienne du film et de la télévision
Préparé par E&B DATA pour le ministère du Patrimoine canadien
Mars 2010
ISBN : 978-1-100-96116-3
Catalogue no. : CH44-140/2010F-PDF
Sommaire
Cette étude vise à présenter et quantifier les effets des tournages étrangers au Canada sur l'industrie canadienne du cinéma et de la télévision. L'étude porte tant sur les impacts économiques des dépenses réalisées dans le cadre de tournages étrangers que sur les externalités que ceux-ci provoquent. Suite à des entrevues de fonds avec des représentants de l'industrie, une série de méthodes de recherche et d'analyses complémentaires ont été utilisées pour quantifier les impacts, allant de la modélisation interindustrielle à l'enquête par sondage.
Contexte des tournages étrangers
Le volume de tournages étrangers au Canada dépasse le milliard de dollars par an. À cause de leur impact direct sur l'emploi et les fournisseurs de l'industrie au Canada, ces activités sont jugées comme étant désirables par les administrations publiques fédérales et provinciales, qui accordent des avantages à ces activités, par le biais de crédits d'impôt accordés aux maisons de production (« maisons de service ») et dans le cas de plusieurs provinces, à certaines activités relatives aux services techniques (ex. : animation, effets visuels). Les montants accordés étant substantiels, le calcul des impacts nets doit donc être pris en compte dans la réflexion sur la politique publique dans le domaine des tournages étrangers, aussi bien que la prise en compte des effets, positifs ou négatifs, sur l'industrie des tournages domestiques. C'est ce dernier élément, soit celui des externalités, qui n'ayant jamais été couvert de façon systématique au Canada jusqu'ici, qui compose le cœur de l'étude.
Impact sur l'économie
Une analyse intersectorielle réalisée à partir du Modèle ouvert interprovincial entrées-sorties de Statistique Canada permet d'estimer l'impact des tournages étrangers sur l'emploi, la masse salariale et le PIB. Ainsi, sur la base de dépenses annuelles de 1,6 milliards de dollars (moyenne des trois dernières années, soit de 2005-2006 à 2007-2008) réalisées au Canada, les tournages étrangers génèrent une valeur ajoutée de 1,3 milliard de dollars ainsi que 31 650 emplois (directs et indirects) en équivalent temps-plein. Les emplois induits n'ont pas été calculés. Ces emplois correspondent à des revenus d'emploi de 1,15 milliards de dollars, soit un revenu d'emploi moyen de l'ordre de 36 000 dollars par an. Il est à noter que cette moyenne prend en compte tant la rémunération du comédien principal que celui du figurant.
Impacts sur les finances publiques fédérales
Les activités de tournages étrangers contribuent annuellement (estimation pour les trois dernières années) un montant de 227 millions de dollars aux revenus du gouvernement fédéral, ce qui correspond après versement des crédits d'impôt, à des revenus nets de 137 millions de dollars. Ces estimations sont conservatrices puisqu'elles ne tiennent pas compte des revenus provenant de l'impôt sur les sociétés. Leur conservatisme tient aussi au fait que les effets sur l'économie canadienne résultant des dépenses de consommation des travailleurs suite à leurs revenus d'emploi ne sont pas non plus pris en compte (effets induits). Pour chaque dollar consenti par le gouvernement fédéral en combinaison avec les crédits consentis par les provinces, il revient 14,50 dollars dans l'économie canadienne (valeur ajoutée). Bien que le régime de crédit d'impôt (combiné avec celui des provinces) ne soit pas le seul élément de décision des tournages étrangers, l'expérience internationale des pays industrialisés montre qu'il est parmi les facteurs déterminants dans le choix de sites de tournages, toute chose étant égale par ailleurs.
Externalités
Une enquête par sondage a été réalisée auprès des employeurs et des travailleurs à contrat (aussi appelés contractuels ou travailleurs autonomes dans ce document) de façon à estimer l'impact des tournages étrangers à partir de leur propre expérience dans ce domaine. L'essentiel de la collecte de données a été réalisée entre novembre et décembre 2009. Au total, 467 répondants ont participé à l'enquête, soit 204 entreprises et 263 travailleurs séniors. Afin de maximiser la participation des provinces principales en termes de tournages étrangers, la collaboration de plusieurs agences provinciales et organisations syndicales a été obtenue.
- Acquisition d'expertise. Tant les employeurs que les travailleurs déclarent en forte majorité (77 % et plus) avoir acquis de l'expérience depuis 2005 dans le cadre de tournages étrangers. Cette expertise touche une variété de sujets, qu'il s'agisse de technologies, de méthodes de gestion ou encore de rayonnement et de réseaux de contacts à l'étranger.
- Transfert d'expertise. Tant les employeurs que les travailleurs à contrat déclarent en majorité (80 % et plus) qu'ils ont réussi à transférer l'expertise ainsi acquise à des tournages canadiens. Une majorité déclare également que ce transfert se fait de façon fréquente.
- Transfert de revenus. Les cas de transfert de revenus sont fréquemment mentionnés. Ces transferts prennent diverses formes allant d'une simple contribution au fonds de roulement (permettant d'assurer la continuité financière de l'entreprise jusqu'aux remboursements de crédits d'impôt), jusqu'à la contribution au financement de productions canadiennes. Dans l'ensemble, 68 % et plus de tous les employeurs déclarent réaliser ces transferts de revenus.
- Impact sur la main d'œuvre. Largement décriés lorsque l'activité de tournage étranger était à son sommet au Canada en 2002-2003, l'impact négatif sur la disponibilité et le coût de la main d'œuvre s'est sensiblement réduit. Une majorité (71 %) d'employeurs questionnés sur la situation, déclarent que depuis 2006, les tournages n'ont aucun impact sur les coûts de main d'œuvre.
- Impact sur les infrastructures (ex. : studios). L'industrie reconnait de façon généralisée l'impact positif des tournages étrangers sur la qualité des infrastructures. Ainsi, 80 % des maisons de services techniques déclarent que les tournages étrangers leur ont permis d'améliorer la qualité de leurs infrastructures et services. Selon certains répondants, l'accès peut poser problème cependant, puisque les productions canadiennes, nettement plus petites en moyenne que les productions étrangères, doivent céder la priorité aux productions étrangères dotées de budgets plus élevés. Certaines infrastructures demeurent hors de prix pour des producteurs locaux.
Conclusion
La contribution économique des tournages étrangers est positive dans les angles analysés, soit celui de l'impact des dépenses sur l'économie et les finances publiques fédérales et sur celui des externalités sur l'industrie canadienne du film et de la télévision. Cette analyse reflète tant le résultat d'une modélisation interindustrielle que d'un contact avec un échantillon d'organisations et de travailleurs à travers le Canada. Quels que soient la région et le type d'activité, cette contribution positive est en effet reconnue par la majorité des intervenants et les résultats recueillis sont cohérents et sans équivoque. Cela dit, il n'y a pas unanimité parmi les répondants, et il est concevable qu'il existe des situations particulières où les tournages étrangers causent préjudice à des productions locales. Cette étude confirme donc la présence de ces externalités, généralement positive, et précise leur ampleur. De plus, les impacts économiques des tournages étrangers vont au-delà des éléments mesurés dans le cadre de cette étude. Ainsi, il est concevable que les tournages étrangers aient eu un rôle dans le développement d'autres secteurs, provoqué par la convergence numérique (ex. : entre l'animation et le jeu vidéo). Cette nouvelle réalité qui façonnera l'industrie canadienne de l'audio-visuel de demain n'a pas été examinée dans cette étude.
Note :
Veuillez noter que certaines caractéristiques de l'industrie, présentées dans cette étude, peuvent avoir fait l'objet de modifications récentes.